Les écrits vains sont des maux inutiles

 

Tuer avec des mots

 

Ne vous est-il jamais arrivé de ressentir cette fabuleuse envie d’écrire des mots assassins ? Non ? Pourtant, la phrase trempée dans le curare a des vertus thérapeutiques, quoi qu’on puisse en penser.

Ainsi, prenons une plume, aiguisons-la jusqu’à ce que le tranchant soit aussi effilé qu’un scalpel de chirurgien et glissons-la sur cette feuille de papier pour tester son efficacité.

Après, tout est aisé. Trempons cette plume dans de l’ipécacuana et lançons des mots meurtriers et vomitifs vers les menteurs, les tricheurs, les assassins, les tortionnaires. Ponctuons notre grand ménage de virgules vitriolées, de points d’exclamation à la strychnine, et d’apostrophes enduites de venin.

Ne ressentez-vous pas ce plaisir intense que procure cette écriture dévastatrice, mère de tous leurs maux ?

N’est-ce pas suffisant ? Le lyrisme de l’aède vous manque ? Oubliez-le ! Il n’est que baume inutile sur des plaies ouvertes par les meurtriers de l’injustice.

Armez-vous au contraire, et transformez vos guillemets en poignards, vos tirets en baïonnettes, vos points-virgules en dagues aussi effilées que recourbées. Celles qui une fois enfoncées ne peuvent ressortir qu’en détruisant les pires idées que sont l’égoïsme, l’avarice, le narcissisme.

La cruauté morale et physique ne saurait se contenter d’un traitement de faveur. Pourquoi ne pas l’entourer de rubans !! Si, peut-être, mais pour l’étrangler.

Votre plume serait-elle émoussée au moment où il s’agit de combattre, mot à mot, la pire des atrocités que notre monde expose ?

Aiguisez-la de nouveau. Empoisonnez-la à l’envi ! Ouvrez vos parenthèses avec l’arsenic, fermez-les d’acide sulfurique, trempez vos points des « i » dans la ciguë, et soyez encore plus graves pour vos accents enduits de belladone.

Que vos « s » soient formés du venin des serpents, que vos virgules ressemblent au crochet du scorpion.

N’oubliez pas non plus dans vos écrits ces césures, celles qui coupent, décortiquent, désossent, écartèlent, laissent inertes les pires infamies. Il s’agit bien d’être en vers et contre tout.

Vous sentez-vous mieux ?

L’écriture peut être une arme aussi dévastatrice que bienfaitrice dès lors qu’elle s’attaque à tous les fléaux.

Point …létal.

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